Matthieu Bayle : «La force des “12 Coups de midi”, c’est sa constante évolution»

22 juin 2022 6 h 17 min 0 commentaire

Directeur de programmes d’Endemol depuis un an, Matthieu Bayle nous fait découvrir les coulisses des «12 Coups de midi», le jeu de TF1 qui fête ses douze ans ce mois-ci.

Si je vous demandais de résumer les grands points qui ont fait évoluer «Les 12 Coups de midi» ?

D’abord, c’est une émission qui est totalement en adhésion avec sa cible. L’horaire et l’incarnation par Jean-Luc Reichmann parlent au public d’entre 11 heures et midi présent chaque jour sur TF1. L’immense force des «12 Coups de midi», c’est sa constante évolution. Au début, on va dire que c’était un concept de jeu qui est devenu au fil des années un véritable divertissement complet. Nous, producteurs de télévision, on a coutume de dire : c’est la seule quotidienne qui est produite comme un prime time. Si vous regardez la quotidienne aujourd’hui, il y a un nombre de happenings, d’événements, d’interventions, de guests qui passent, de messages vidéo enregistrés, le tout poussé par Jean-Luc et les équipes qui travaillent dessus, qui font qu’on assiste à un spectacle total, qui a gagné en épaisseur de manière spectaculaire au fil des ans. C’est un rythme, un format et une adaptation permanente qui le rendent toujours plus attractif.

Qui prépare les questions et comment ?

Il y a une équipe entière qui s’en occupe, composée d’un rédacteur en chef qui travaille avec un adjoint, et de rédacteurs, une quinzaine je crois. Leur charge est précise. Comme il y a des gains d’argent à la clé, on ne pose pas n’importe quelle question, et on vérifie toutes les réponses… Et ensuite, il faut réussir à bien formuler chaque question. Elles sont bordées. Chaque rédacteur a un contrat, un deal basé sur le nombre de questions à rédiger. C’est un métier exigeant et compliqué qui nous oblige à un important turn-over. On ne peut pas passer huit heures tous les jours à rédiger 30 questions ! On fait donc tourner les équipes de rédacteurs, qui alimentent une base de données colossale.

A quel rythme tournez-vous les émissions ?

On en enregistre à peu près cinq par jour, en fonction des disponibilités de Jean- Luc Reichmann. Elles sont en général tournées entre trois et six jours d’affilée, soit une trentaine de quotidiennes. Ce sont des tournages faits par couleurs, chacun alimentant telle ou telle date de diffusion sur l’antenne. En fonction des aléas (des maîtres de midi particulièrement performants), on a des sessions de tournage environ toutes les trois semaines. Si c’est plus écarté, les sessions se font plus ambitieuses, allant jusqu’à dix jours. Elles sont alors plus fatigantes pour les équipes. Mais grosso modo, on n’a pas tellement d’avance.

Comment se répartissent les rôles entre Endemol et Jean-Luc Reichmann ?

Jean-Luc est coproducteur de l’émission. Les prime, c’est un peu différent car plus ambitieux, mais pour chaque nouvelle session de quotidiennes, Jean-Luc va nous remonter un point, par exemple que cette étoile jaune serait mieux en rose. On va parler guests, programmation… De plus, les quotidiennes sont en lien avec les éphémérides. On sait qu’à telle date correspond telle ou telle fête, ça nous permet d’amener des thématiques et ça fait aussi que cette émission colle plus ou moins avec une forme d’actualité pour les gens qui la regardent. Et ça, c’est très important.

Qu’est-ce qui cimente l’ambiance au sein de l’équipe ?

Deux choses. D’abord le succès. On fédère très facilement les gens quand ils ont le sentiment de participer à quelque chose qui marche et est très populaire. L’autre secret, c’est que ces gens-là travaillent ensemble depuis de nombreuses années, il y a un vrai ciment professionnel, presque amical entre tout le monde. Et tout ça tire le jeu vers le haut. Et puis, aussi, c’est une émission marrante à faire et à regarder. Enfin, Jean-Luc manie ça avec un grand professionnalisme. Il sait faire feu de tout bois à partir du moindre détail. C’est vraiment un animateur exceptionnel. C’est même un problème pour un producteur. On fait des émissions qui durent 46 à 47 minutes à l’antenne. Parfois, elles font jusqu’à 1h15, 1h20 au tournage ! C’est souvent la mort dans l’âme qu’il faut ensuite couper…

Comment sélectionnez-vous les candidats ?

Une cellule de casting bosse dessus toute l’année. Nous recevons en effet beaucoup de candidatures spontanées. On fait donc passer en amont des tests de culture générale de toutes difficultés. Chaque participant les a remplis, ce qui nous permet de savoir dans quel niveau global situer chacun. C’est bien sûr hypothétique, puisque ces questions ne sont pas celles de l’émission. Mais ça donne quand même une petite information sur le niveau de connaissances des différents candidats. On a ainsi une réserve de participants cadrés en fonction de leur force. Après, on harmonise les tours de table (âge, hommes et femmes, etc.) avec différents profils, des gens plus performants que d’autres, mais ça fait partie du jeu.

Quelles sont les valeurs que vous souhaitez faire passer à travers cette émission ?

Il faut qu’elle soit dynamique, drôle, vivante, bienveillante. Je fais ce métier pour ces raisons-là. La vision que j’ai de la télé, c’est que les gens ont besoin de réconfort dans cette époque anxiogène. La télévision est une fenêtre qui va leur amener du sourire, l’opportunité de penser à autre chose, leur permettre de s’amuser. Si déjà on arrive à remplir cette fonction-là, j’ai fait mon boulot. Car la réalité, c’est d’apporter du plaisir aux gens.

Propos recueillis par Gilles Tourman

Laissez un commentaire