Les patrons du PAF confiants pour la TV face à la SVOD

20 novembre 2020 6 h 37 min 0 commentaire

Face à la progression constante de la SVOD, les dirigeants des groupes audiovisuels publics et privés se montrent confiants quant à la pérennité de la télévision traditionnelle.

A l’occasion de la 3e édition du festival Médias en Seine le 19 novembre, Gilles Pélisson, PDG du groupe TF1, Delphine Ernotte, présidente de France Télévisions, Maxime Saada, président du directoire du groupe Canal+ et PDG de Dailymotion, Bruno Patino, président d’Arte France, et Nicolas de Tavernost, PDG de M6, se sont montrés confiants quant à l’avenir de la TV traditionnelle face à la SVOD, sujet qui s’inscrivait dans la thématique “la bataille mondiale de la vidéo”. Pour trois raisons selon Gilles Pélisson : “D’abord, les Français regardent beaucoup la télévision, faisant d’elle un lien social. Ensuite, elle est puissante et pourvoyeuse d’emplois. Enfin, elle est moderne et ses plateformes sont performantes.” Constat partagé par Nicolas de Tavernost : “Sans TV généraliste gratuite, pas de foot, pas d’info diverse et pluraliste.” Delphine Ernotte y ajoute sa capacité de pourvoir au besoin d’évasion des Français sous réserve de proximité et de diversité. Bruno Patino tempère : “Désormais, les usages s’ajoutent et sont complémentaires sur tous les outils, ce qui crée des tensions sur le modèle économique.” Maxime Saada met, lui, l’accent sur les éléments positifs : les plateformes ont permis d’accélérer les changements. Et de rappeler que son groupe coproduit avec Netflix, Amazon, Apple et Disney. Face à cette concurrence TV/SVOD, l’urgence réside selon lui dans la vitesse et la souveraineté : resté sur une économie dépassée, l’Etat est trop long à réagir devant les enjeux actuels et manque de souplesse législative : “On est dans 40 pays et on ne peut pas exporter les séries qu’on finance !” Nicolas de Tavernost, pour qui rien n’a bougé depuis un an, acquiesce : il faut réunir production et diffusion et libéraliser la pub “dont la réglementation s’applique à la TV mais pas à la SVOD”. En revanche, estimant qu’on ne peut être à la fois local et mondial, il imagine l’émergence d’un groupe d’opérateurs privés national de “totale vidéo” (linéaire et digital) susceptible de faire “effet de taille” plutôt que de passer par l’Europe, contrairement, par exemple, à Delphine Ernotte. Cette divergence stratégique mise à part, tous s’accordent à mettre en garde contre le risque de perdre notre originalité culturelle devant le financement de plus en plus important des productions par les Gafam. Sans oublier les Chinois en embuscade. De nouveau, l’obsolescence de la législation et le manque de moyens financiers face aux plateformes US sont pointés du doigt : “Nous subissons plusieurs paradoxes face aux ogres, s’insurge ainsi Gilles Pélisson : les Gafam représentent des milliards de dollars en Bourse, nous quelques centaines de millions. De plus, celui qui finance n’est pas propriétaire de l’oeuvre ! Des déséquilibres au détriment des groupes français qui ne permettent pas de fair-play entre concurrents.” Une inquiétude relayée par Delphine Ernotte : “On nous voit comme des institutions mais on peut mourir demain. Car la télé, c’est parfois de l’art mais bien souvent de l’artisanat. Et les plateformes comme Netflix nous prennent nos talents” à coups d’exclusivité. Un constat partagé par tous. Plus encore par Bruno Patino qui a vu la 4e saison de “Borgen” échapper à son groupe faute de moyens face à Netflix. Raison pour laquelle tous ont unanimement conclu pour en appeler à une vigilance vis-à-vis de la transposition du décret SMAD actuellement à l’étude et à une prise de conscience des autorités quant à la nécessité d’une politique audiovisuelle souple et rapide. Gilles Tourman

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