Quand Emmanuel Macron recevait les héros 2017

20 février 2018 8 h 50 min 0 commentaire

73 “héros du quotidien” ont été reçus par le président, dont Sandra Muller directrice de publication de la Lettre et à l’origine de #BalanceTonPorc., qui raconte les coulisses de cette cérémonie.

Le 30 janvier dernier, éclipsée par l’actualité sordide des aveux de Jonathann Daval, se tenait dans une relative discrétion à l’Elysée une cérémonie devant environ 800 personnes : les voeux aux bureaux des assemblées, au Conseil de Paris, aux corps constitués, aux forces vives et aux héros de 2017. J’ai eu la surprise et l’honneur de faire partie de ces héros distingués. Étant habituée tous les ans aux voeux à la presse, un peu déboussolée, j’ai cru au départ à une erreur de fichier lorsque l’invitation est arrivée. J’avoue être restée sceptique jusqu’à ce que j’échange quelques mots avec le président lors de la cérémonie. N’étant plus en France depuis plus de quatre ans, j’ai gardé un lien proche avec mon pays d’origine qui m’a formée, construite puis reconnue, grâce auquel le phénomène #BalanceTonPorc ou #MeToo ont eu un écho inattendu. Pourtant, cette situation parfois schizophrénique, défendre les minorités oppressées, en l’occurrence les femmes victimes d’agressions sexuelles, dans mon pays d’origine tout en portant la parole dans mon pays d’adoption, les USA, m’a apporté son lot de doutes et d’inconfort qui me paraît désormais, forte de cette reconnaissance, plus facile à surmonter. J’ai donc eu la bonne surprise de compter dans ce panorama en tant que “journaliste” reconnue pour la rédaction du tweet #Balance- TonPorc, “parce qu’elle a libéré la parole des femmes”, expliquait l’Elysée au journal Le Monde. Plus que la découverte d’un hashtag, c’est, j’imagine, le dévouement qui m’a monopolisé pour répondre au mieux aux victimes durant ces derniers mois qui a conduit à cette reconnaissance. J’ai été portée par le formidable élan de solidarité qui en a découlé. Plus de 813 000 messages et 8 000 articles partagés selon Visibrain. Fort de ce constat, nous avons, au sein de la rédaction de la Lettre de l’audiovisuel, décidé d’établir des passerelles entre le mouvement et notre ligne éditoriale en donnant la parole à davantage de femmes. Un mouvement que j’ai initié depuis plusieurs années et que nous avons intensifié ces derniers mois.

“ Nous ne sommes pas un peuple d ‘assis” 

Peu d’articles ont raconté le déroulement de cette cérémonie. Parmi les 73 héros, on trouvait, pêle-mêle, des sportifs champions dans leur catégorie, dont un célèbre footballeur devenu entraîneur, des sapeurs- pompiers pris dans l’ouragan Irma ou dans les feux de forêt de l’Isère, des pilotes d’hélicoptère… Ont également reçu les honneurs de l’État des chercheurs du CNRS, des professeurs présents en fonction pendant l’attentat de Londres, un étudiant qui a sauvé un nourrisson et, plus insolite, un plombier qui a alerté les autorités en comprenant qu’un attentat se préparait au cours d’une de ses interventions. Des protecteurs de l’environnement ont été également honorés. Ces héros ont été répartis dans 5 catégories, explique l’Elysée : environnement, sport, social, sécurité et enseignement supérieurrecherche. Il m’est impossible de tous les nommer car certains souhaitent conserver l’anonymat. Plutôt que d’égrainer les noms à la façon de ces prédécesseurs, Emmanuel Macron a préféré l’exercice discursif : “Nous ne sommes pas une nation d’assis”, a-t-il indiqué. “Aux plus grandes heures, des femmes et des hommes ont pris des risques qu’on dit parfois inconsidérés”. “Notre responsabilité est ne rien relâcher” et de “transformer en profondeur les politiques publiques”. Après ces remarques d’ordre général, le chef de l’État a détaillé les mesures à venir en ouvrant sur la cause nationale qu’il entend défendre, l’égalité homme femme : “Une loi sera présentée contre les violences faites aux femmes.” Un discours en symbiose avec la thématique que j’étais venue porter. C’est dans cette circonstance exceptionnelle, après 6 000 kilomètres parcourus, que j’ai pris conscience que l’éloignement géographique m’a finalement rapprochée de mon pays. Sandra Muller

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